Henri Corneille Agrippa

Henri Corneille Agrippa

Bien que le résumé qui va suivre tienne de la légende, nous avons jugé important de le rapporter afin de comprendre ce qui aurait pu motiver Henri Corneille Agrippa et lui donner les moyens de créer les cinq livres connus de magie noire qui ont fait l’envie de tant de chercheurs.

Malgré le fait qu’Agrippa soit l’auteur de nombreux ouvrages divers, c’est lorsqu’il bascula dans le scepticisme, le mysticisme, l’alchimie et la magie qu’il écrivit en 1531 le Livre de la Philosophie Occulte. Cette parution lui valut d’être emprisonné en Belgique. Agrippa, qui fut soupçonné d’avoir appartenu à la fraternité des Rose-Croix, n’eut de cesse tout le long de sa vie de brouiller les pistes quant à ses diverses activités afin d’échapper à l’Inquisition.

Une quantité de légendes se greffèrent à sa personne, faisant de lui un personnage mythique, qui intrigue encore aujourd’hui et dont les écrits sont toujours à ce jour publiés.

Agrippa, poussant sa recherche du savoir absolu, s’enlisa de plus en plus dans la noirceur. Sa saine curiosité du début se transforma en obsession inquiétante, et sa soif de savoir se referma sur lui tel un piège vicieux. Agrippa posa des gestes, rencontra des gens ou rejoignit des lieux qu’il avait jusque-là toujours évités. Il trouva des réponses à des questions qui le rapprochèrent d’un but qui, pourtant, s’éloignait constamment de lui.

Une nuit, éclairé par quelques bougies à demi consumées, Agrippa posa devant lui un morceau de parchemin sur lequel se retrouva, tel un graffiti anonyme, l’incantation permettant de rejoindre le Prince des Ténèbres, celui dont le nom ne devait jamais être évoqué. Il hésita devant la note manuscrite sortie du fond des âges, car il savait que le prix à payer ensuite risquait d’être bien plus élevé que celui qui lui avait permis de l’obtenir. L’envie était trop forte. Il savait qu’une fois lancé dans cette voie, il ne pourrait jamais revenir en arrière. Le danger était grand. Il pouvait accéder à la connaissance et au pouvoir ou être démembré sur-le-champ. Mais l’envie était vraiment trop forte. Agrippa se coupa de toute crainte et de toute pensée logique. Il prononça l’incantation d’une voix ferme, pesant chacun des mots, ne se concentrant que sur ces seules paroles.

L’air sembla presque se raréfier dans la pièce obscure au moment où il perçut des chuchotements tout autour de lui dans une langue qu’il n’arrivait pas à reconnaître.

Sous ses yeux, sur son plan de travail, il vit deux bougies réagir inversement en un mouvement anormalement accéléré : l’une se consuma tandis que l’autre s’allongea comme si elle reculait dans le temps! Le cœur d’Agrippa battait à tout rompre, sa respiration était saccadée, le doute assaillait sa conscience… Puis la voix se fit entendre. Cette voix qui lui disait de ne pas avoir peur, qui lui disait qu’elle avait reconnu en lui l’homme prêt à tout pour accéder à l’Intelligence infinie, à l’immortalité de l’âme… Mais en échange, la voix exigea que les connaissances cachées à l’homme soient mises par écrit.

De ce savoir perdu, il ressortira plusieurs volumes d’aspects et de tailles différents. Chacun aura une identité propre et renfermera entre ses pages des pouvoirs distincts. À chacun sera affecté comme gardien un soldat des ténèbres. Et indestructibles, imputrescibles ils seront. Ils voyageront à travers siècles et continents, cachés et emprisonnés par les hommes, le fer et la pierre. Jusqu’au jour où ils seront naturellement réunis. « Ce jour viendra, inévitablement, avait poursuivi la voix, car ainsi en ai-je élaboré le plan. Et tu signeras de ton sang chaque volume, afin que notre alliance soit complète. »

Création des cinq livres magiques connus,

par Henri Corneille Agrippa

Henri Corneille Agrippa aurait travaillé durant des jours, sans manger ni dormir, pour compléter la rédaction de ce que lui dicta le Prince des Ténèbres. Il aurait signé de son sang chacun des manuscrits, pleurant du même coup toutes les larmes de son corps alors que la connaissance et les réponses à toutes les questions de l’homme se frayaient un chemin à travers les méandres de son esprit.

Il éprouva peine, remords et ressentiment au moment de conclure l’œuvre du Diable pour laquelle il avait vendu son âme. Mais le Diable n’eut aucune pitié, puisqu’il ne la connaît aucunement. Oui vraiment, ce que l’on est parle toujours plus fort que ce que l’on dit.

Agrippa mourra peu de temps après être finalement sorti des murs de la prison qui l’auront tenu enfermé, au même titre que les livres qu’il avait créés, dans un hôpital de Grenoble, en 1535.

C’est avec sa mort, dans la blancheur des draps de l’hôpital, que naquit la légende des livres noirs. Aujourd’hui, les œuvres d’Henri Corneille Agrippa éditées depuis le seizième siècle se vendent toujours chez les antiquaires européens. Mais qui sait ce que sont devenus les livres noirs?