Contexte historique

À l’automne 1941, le monde est en guerre et s’enfonce graduellement dans le plus terrible conflit qu’aura jamais connu l’humanité. Le territoire de l’Amérique est jusque-là épargné, séparée de l’Europe par l’océan Atlantique. Mais l’attaque japonaise contre Pearl Harbor en décembre 1941 jette les États-Unis dans la mêlée. Le gouvernement canadien envoie ses soldats en renfort pour appuyer l’Empire britannique et adopte la controversée loi 80, qui rend possible la conscription pour le service militaire outre-mer.

Sur le front est, les troupes allemandes lancent leur offensive contre Moscou. C’est le début de l’opération Tempête d’hiver. Du côté ouest, ils ont déjà envahi la France. Le général Pétain a signé l’armistice et installé à Vichy le gouvernement dit « de l’État français » qui s’engage dans une collaboration inconditionnelle avec l’occupant nazi. Commence alors la chasse à tous les individus jugés dangereux pour le régime et l’occupant, la croisade contre le « judéo-bolchevisme », terme sous lequel Hitler réunit les ennemis de l’Allemagne : les communistes et les Juifs, qu’il accuse de les inspirer.

Sont arrêtés et internés en France, en camps et en prisons, des communistes, des socialistes, des syndicalistes, des démocrates, des militants d’associations, connus pour leur participation à des luttes sociales d’avant-guerre. Ils sont bientôt rejoints par des condamnés pour faits de résistance.

En 1941, la résistance armée s’organise et frappe l’occupant. Des officiers sont abattus et les sabotages de matériel allemand se multiplient. En représailles, Hitler ordonne des exécutions massives d’otages pris dans les camps et les prisons.

Des résistants sont fusillés, mais au lieu de dissuader, ces exécutions ont l’effet contraire et suscitent une telle émotion en France et à l’étranger que le commandement allemand préconise de remplacer les exécutions par des déportations en Allemagne. Une ordonnance, signée en 1941 par le maréchal Keitel, chef du commandement suprême de la Wehrmacht, précise le but de la déportation : faire disparaître Nacht und Nebel (« dans la nuit et le brouillard ») les opposants au régime. Car, coupés du monde, nul ne connaîtra leur sort.

Le plus vaste conflit armé de l’histoire du monde battait son plein et mobilisait plus de 100 millions de combattants de 61 nations différentes. Pas moins de 62 millions de personnes allaient y trouver la mort.

Cette guerre totale et idéologique, menée par l’ambition des dictateurs et les tromperies d’espions doubles, avait engagé des sociétés entières dans des crimes de masse sans précédent. La dévastation matérielle et morale qui s’ensuivrait, allait dépasser toutes les destructions cumulées de l’ensemble des guerres connues par le genre humain depuis son apparition.