La région à l’intérieur de laquelle se déroule l’histoire de la légende du livre noir est relativement restreinte. Elle se situe entre Sainte-Clotilde-de-Châteauguay et Saint-Chrysostome, deux paroisses occupant des cantons ayant autrefois appartenu à la seigneurie de Beauharnois, rachetée après la conquête par Alexander Ellice et subdivisée en douze régions auxquelles il donna principalement le nom de ses enfants.
Il est aussi question de la ville de Salaberry-de-Valleyfield, siège de l’évêché, que l’on retrouve aujourd’hui, en plus des deux paroisses citées précédemment, intégrée à la grande région de la Montérégie.
L’église St. Matthew
Sur la route 209, entre Sainte-Clotilde-de-Châteauguay et Saint-Chrysostome
Construite en 1847, au lieu-dit d’Edwardstown, le style du bâtiment était mystérieusement avant-gardiste pour l’époque. En effet, il était rare avant 1850 de voir des constructions de style « renouveau gothique vernaculaire ».
Abandonnée en plein champ depuis presque un siècle, elle tourne le dos à la route et au soleil levant.
L’église Sainte-Clotilde
Sainte-Clotilde-de-Châteauguay, village.
Consacrée le 2 août 1885, cette église fut construite à mi-chemin entre celle de Saint-Rémi et celle de Saint-Chrysostome, afin de réduire l’étendue du territoire de cette dernière paroisse. Contrairement à ses voisines, construites en pierre, l’église de Sainte-Clotilde est parée de briques, peut-être comme une volonté de se bien distinguer, de s’affirmer. La cloche est bénite le 14 juillet 1886. Fabriquée à Montréal par E. Chanteloup, elle accuse un poids de 710 livres. Le maître-autel et le tabernacle sont classés par le ministère des Affaires culturelles parmi les trésors de l’art sacré du Québec. Sculptées par René St-James dit Beauvais vers 1815, ces œuvres auraient d’abord été destinées à la paroisse de Saint-Constant qui en aurait fait cadeau à l’église de Sainte-Clotilde. La raison de ce geste reste néanmoins nébuleuse puisqu’aucun registre n’en donne l’explication. La gigantesque fresque ornant le mur du fond est l’œuvre du peintre italien Edmondo Chiodini et fut réalisée en 1936.
L’église de Sainte-Clotilde reste un lieu de culte toujours fréquenté par ses fidèles.
La clairière de roc
Sainte-Clotilde-de-Châteauguay, Deuxième Rang
Impressionnant caprice de la nature de par l’étendue de son relief plat, la clairière de roc blanc du Deuxième Rang à Sainte-Clotilde s’étend sur un espace de plus de 48 000 mètres carrés.
Après le retrait de l’inlandsis – ou grand glacier continental –, la région des basses-terres du Saint-Laurent a été envahie par un mélange des eaux de la fonte du glacier et de celles de l’océan Atlantique. Cette étendue d’eau est aujourd’hui nommée la Mer de Champlain. Il y a plus de 10 000 ans, elle recouvrait le territoire à partir des Appalaches jusqu’aux Laurentides, d’Ottawa jusqu’au-delà de Québec.
Sous plus d’une centaine de mètres d’eau, une sédimentation composée d’argile, de limon et de sable se serait alors déposée, formant les terres arables aujourd’hui cultivées. En certains endroits, les sédiments furent lavés par la nature comme c’est le cas pour la grande clairière de roc, découvrant ainsi ce qui fut, il y a des milliers d’années, le fond solide de la Mer de Champlain. Celle-ci s’étant retirée depuis 7 500 ans, les terres ont émergé et le fleuve Saint-Laurent a creusé son lit. Le roc blanc et lisse de la clairière laisse apparaître cette partie du fond de la Mer de Champlain, tel qu’il était il y a 10 000 ans.
La maison d’Albert Viau
La maison de pierre, acquise par Albert Viau au milieu des années 1920, se situe sur le bord du ruisseau Norton à Sainte-Clotilde-de-Châteauguay. Les plus vieux documents attestant son existence situent sa construction avant 1840. Les recherches ont démontré qu’un certain William Nichols avait acheté des lots appartenant à la seigneurie Annfield de Beauharnois le long du ruisseau Norton dans le but d’y construire un moulin. On sait qu’en 1856, Nichols et son fils Luther ont acquis un engin à vapeur pour le moulin, pour la somme de 635 livres. Il est aussi fait mention d’une « Stone Kitchen House » qui aurait pu servir de dortoir pour les hommes travaillant au moulin. En 1875, Nichols et son fils font faillite et la City Bank prend possession de leurs biens. La banque ne revendra la terre qu’en 1882 à un certain Dominique Monette, alors que le moulin n’est déjà plus que ruine. Monette vend aussitôt la maison à un Anglais s’appelant Edward Baker, qui s’y installera et sauvera ainsi la maison de pierre de l’abandon. Baker vendra plus tard à un certain Joseph Vanchestein qui, à son tour, vendra à un cultivateur du nom de Léon Beaupré en mars 1897. Ce n’est qu’au début de l’année 1925 qu’Albert Viau se portera acquéreur de la maison de pierre, achetée à la veuve d’un certain William Barron qui l’avait elle-même héritée de sa mère peu de temps auparavant.