La conclusion de la série Agrippa se voulant autant une suite qu’un récapitulatif, il devenait nécessaire d’appliquer un ou deux voyages dans le temps pour y retrouver certains personnages avant de tomber réellement dans le vif du sujet. Ainsi, ce 6e et dernier tome s’amorce, au premier chapitre, à l’hiver de 1535, dans une chambre sordide d’un hôpital de Grenoble où Henri Corneille Agrippa, gravement malade, se sait condamné.
Au second chapitre, dans le but d’apporter un nouvel éclairage sur la mission d’Albert Viau à Kamouraska dans le tome 5, on assiste à un entretien entre le président des États-Unis, Abraham Lincoln, et le père Charles Chiniquy de Kamouraska. Chargé d’une mission par le président, Chiniquy se rendra à Paris accompagné du professeur Samuel Morse, l’inventeur du télégraphe, qui l’entraînera dans une étrange soirée où il rencontrera Garibaldi, Baudelaire et Victor Hugo.
Enfin, plus près de nous, l’histoire se poursuit à partir du printemps 1942 avec une réunion des plus discrète et étonnante derrière la maison en pierre d’Albert et Emma. Tous les efforts seront déployés pour sauver Édouard Laberge, toujours prisonnier d’un coma profond depuis l’attaque de Fenrir et des mages rouges à l’église St. Matthew.
Le monde toujours en guerre continue de s’entre-déchirer dans le plus terrible conflit qu’ait jamais connu l’humanité. Le Québec, bien qu’épargné par les bombardements et les conquêtes, n’en souffre pas moins des privations imposées par le rationnement sur certaines denrées et l’essence. La grande crise économique avait pris fin grâce à l’industrie de la guerre qui employait des milliers de personnes dans les usines à munitions. Les chômeurs avaient trouvé du travail, les habitants des campagnes avaient quitté leurs terres pour s’installer dans les quartiers ouvriers des villes et même les femmes avaient quitté leur fourneau et leur tablier pour venir travailler en usine. L’ombre de la conscription plane toujours comme une menace à laquelle on veut à tout prix échapper.
En Europe, les efforts concertés des Alliés pour repousser les attaques nazies commencent à porter ses fruits. De plus, la campagne de Russie va mobiliser l’essentiel des efforts militaires allemands. Lorsque Hitler déclenche l’opération Barbarossa, il entre en Russie avec 3,2 millions de soldats allemands et 600 000 soldats d’États alliés comme l’Italie, la Hongrie ou la Finlande. Jusque-là, il s’agissait de la plus grande offensive militaire jamais menée de mémoire d’homme. Malgré une avance fulgurante, les Allemands, inadéquatement équipés, sont arrêtés par le froid glacial de l’hiver.
Les Alliés reprennent l’Afrique du Nord – ce qui représente un tournant décisif – à la fin de l’année 1942 et au début de 1943. Sur le front oriental, l’Armée Rouge continue de progresser vers l’ouest alors que les Allemands accusent de plus en plus de pertes.
Le 6 juin 1944, 4126 navires réussissent le plus grand débarquement de l’histoire sur les plages de Normandie et libèrent la France. Écrasé sous les bombes et assailli de toutes parts, Berlin tombe le 30 avril 1945 aux mains de l’armée soviétique.
Hitler se suicide le même jour dans son bunker et la capitulation de l’Allemagne sera rendue officielle quelques jours plus tard, mettant fin à la guerre en Europe.La Deuxième Guerre mondiale, le plus vaste conflit armé de l’histoire du monde, prend officiellement fin avec la capitulation inconditionnelle du Japon le 2 septembre 1945.
La dévastation matérielle et les 62 millions de personnes qui y ont trouvé la mort, dépassent de ce fait toutes les destructions cumulées de l’ensemble des guerres connues par le genre humain depuis son apparition.
Par sa rencontre avec Élizabeth Montjean, Édouard Laberge, d’abord entraîné sur la piste des dangereux Agrippa, allait jouer un rôle déterminant dans ce tournant décisif de 1943 qui devait plus tard donner la victoire aux Alliés. Jamais il n’aurait pensé devenir un pion sur cet échiquier.
C’est le Destin.